Se remémorer le combat à l’époque où les hommes gais mouraient du sida


Du 13 juin au 13 aout et les dimanches 6 et 13 aout, en collaboration avec Fierté Montréal, les Archives gaies du Québec (AGQ) présentent, dans leurs bureaux de la rue Atateken, une exposition intéressante intitulée « L’activisme esthétique d’ACT UP Montréal : une histoire en photos et en affiches ». 

« ACT UP Montréal a connu une vie brève, mais très active et riche en manifestations et performances visant à lutter contre l’inaction gouvernementale face à la crise du VIH/sida. Les archives gaies du Québec conservent dans leurs collections plus de 2000 photographies prises par René LeBoeuf lors des activités d’ACT UP Montréal, en plus de matériel utilisé lors des manifestations, telles des pancartes et des bannières. Une sélection faite à partir de cette collection fera l’objet de l’exposition », peut-on lire dans le résumé de celle-ci.

On y verra une quarantaine d’éléments, dont des affiches, des photos, des bannières, des épinglettes, etc., « de la période allant de mars 1990 à novembre 1993 environ, des images en noir et blanc essentiellement, qui reflètent toute l’atmosphère de cette époque », explique l’activiste René LeBoeuf, le photographe pour ACT UP et le conjoint du militant Michael Hendricks depuis 20 ans. 

Beaucoup d’entre vous découvriront probablement pour la première fois l’existence de ACT UP Montréal. « Le sida a fait beaucoup de victimes. Il faut se rappeler qu’à cette époque-là, dans les années 1980 et début des années 1990, il n’y avait pas de traitements, pas de soins pour les malades, les gens tombaient comme des mouches. Il fallait faire quelque chose et rapidement, il fallait sensibiliser les politiciens. Cela avait mobilisé beaucoup de monde. Il y avait entre 500 et 1000 personnes par manifestation. ACT UP s’était formé à Montréal, mais cet organisme était déjà très actif dans des villes comme Paris ou New York. Puis, Blaine (Mosley) Charles est venu de New York pour nous aider à organiser le groupe. C’est comme ça qu’on a réussi le coup d’éclat à la Conférence internationale sur le sida », explique René LeBoeuf.  En effet, des dizaines d’activistes d’ACT UP s’invitent au Palais des congrès de Montréal, le 4 juin 1989, pour l’inauguration de la 4e Conférence internationale sur le sida. Ils réclament des mesures rapides en vue d’endiguer le taux de mortalité effarant parmi les hommes gais et bisexuels. Ils demandent aux chercheurs de partager leurs connaissances et de rendre disponibles le plus rapidement possible les médicaments expérimentaux afin de sauver des vies, c’est ce qu’on avait appelé le « Manifeste de Montréal ». Cette nouvelle fera d’ailleurs très vite le tour du monde et ACT UP sera connu internationalement.  

« Cela fait partie du mandat des Archives, de montrer l’histoire de nos communautés à travers une exposition comme celle-ci », de commenter Pierre Pilotte.  « C’est lors de mes recherches pour mes études que j’ai découvert ACT UP Montréal ici aux Archives. Les jeunes générations n’ont aucune idée de ce qui s’est passé, de l’histoire des communautés LGBTQ+ et des luttes qu’il y a eues. […] Cette exposition-là est un moyen de connaitre cette histoire », souligne Mark Andrew Hamilton, le commissaire de l’exposition et étudiant à la maitrise en histoire à l’Université Concordia, sous la direction du professeur Peter Gossage.  « Dans ma vie d’homme gai, j’avais l’impression qu’il y avait un grand vide, un trou dans l’histoire de la communauté », de dire Mark Andrew Hamilton, qui est né à Calgary, mais qui a vécu à Vancouver, Édimbourg, Brighton et Vienne. « Ensuite, j’ai découvert le fonds d’ACT UP Montréal aux Archives, [l]es manifestations, […] l’activisme dynamique qu’il y a eu. Les gens mouraient, mais en même temps on pouvait voir un grand sens de l’humour sur les pancartes et les banderoles et, par la même occasion, c’était très québécois, très francophone, c’était différent des autres branches d’ACT UP ailleurs dans le monde. […] On dirait que tout ça n’est pas passé des générations des anciens aux jeunes générations […] » 

« Les messages [d’ACT UP] étaient souvent “coup de poing”, “in your face”, on voulait que la population sache qu’on ne mourra pas dans l’ombre et dans l’indifférence », ajoute René LeBoeuf. « On voulait interpeler directement les politiciens et les scientifiques. On n’avait pas de temps à perdre parce que des vies étaient en jeu. […] On revendiquait aussi des droits parce qu’à l’époque les gars qui mourraient laissaient peu de choses à leurs conjoints, la loi était ainsi. Oui, il y a eu la loi sur le mariage, après, longtemps après, mais cela a pris des années de lutte, que les jeunes ne connaissent pas parce que beaucoup de ces militants sont morts. Les mouvements qu’on voit aujourd’hui contre les drags et les personnes trans, ce n’est pas nouveau. Il faut rester vigilant, car rien n’est acquis, on l’a vécu, nous, à l’époque […] »

« [Cette exposition-là] est une prise de position des membres de nos communautés face à l’épidémie du sida qui sévissait à cette époque-là, alors que des gens mouraient […] C’est tout un pan de notre histoire collective, il faut s’en souvenir », souligne Pierre Pilotte, le coordonnateur des AGQ.  « Pendant deux ans, j’ai fait des recherches aux Archives, j’ai parcouru les documents qu’ils ont. En parallèle, j’ai fait plusieurs entrevues avec Michael Hendricks, René LeBoeuf, ainsi qu’avec Blaine (Mosley) Charles. Je peux dire maintenant que, grâce à eux, entre autres, je ne ressens plus cette ignorance que j’avais face au passé. Je suis très content d’avoir acquis la connaissance d’une partie de l’histoire de la communauté […] », renchérit pour sa part Mark Andrew Hamilton. « C’est intéressant que les gens voient cette exposition pour se rappeler l’histoire, pour se rappeler cette lutte pour les gens qui sont morts du sida et pour des traitements, continue René LeBoeuf. […] Il reste aussi le parc de l’Espoir qui est né de ce combat-là pour la reconnaissance […] »

« Cette exposition est aussi dans le cadre du 40e anniversaire des AGQ et des activités qui se dérouleront tout au long de cette année », indique Pierre Pilotte.

INFOS | Les Archives gaies du Québec, 1000, rue Atateken, local 201A, Montréal.
T. 514-287-9987 ou https://www.agq.qc.ca.

Heures d’ouverture de l’exposition : de 13 h à 17 h du mardi au samedi.


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